Le temps des limites - L’édito JUSTICE du 7 juillet 2021

Ou que se posent nos yeux, ils ne peuvent que regarder l’étendue de la crise écologique.

Canada. Un dôme de chaleur de près de 50°C s’abat à plus de 50° latitude nord. Une ville, Lytton, est pour la toute première fois complètement rayée de la carte du fait d’un dérèglement climatique d’origine anthropique, c’est à dire tout droit issu des activités humaines.

Tout près de l’Arctique, les températures s’élèvent à 35°C, et la température ne baisse pas sous les 20°C la nuit : ce que l’on appelle des « nuits tropicales ».

Au large du Panama, l’archipel San Blas prend littéralement l’eau ; l’Irak vit sous une canicule de plus de 50° à l’ombre, sans électricité pour se maintenir au frais.

Le plus souvent la société du spectacle ignore la question écologique. Mais quand celle-ci se fait spectaculaire, elle devient virale.

Et voilà qu’une image s’inscrit sur tous les écrans du monde : celle du feu qui s’est animé en plein océan, pendant 5 longues heures, au large du Golfe du Mexique. Quand l’eau brûle, nos consciences vacillent nous laissant sans mots. Pourtant il faut redire que ce gazoduc qui ne devrait de toute manière plus exister, tant il nous faut de toute urgence renoncer les énergies fossiles sous les sols -et les océans tranquilles !

L’entreprise pétro-gazière qui a mis le feu à l’océan se nomme Pemex. L’ONG Reclaim Finance nous racontait ce mardi que Pemex était classée en 2019 parmi les 20 entreprises les plus émettrices de CO2 au monde. Début 2021, le rapport Banking on Climate Chaos classait la même firme parmi les 30 entreprises les plus impliquées dans le développement de nouvelles réserves pétro-gazières d’ici 2050. Pemex reçoit évidemment le soutien de nombreux financiers, en premier lieu desquels HSBC, suivi par JP Morgan Chase dont Emmanuel Macron inaugurait le nouveau siège la semaine passée, ainsi que des sociétés françaises BNP Paribas, le Crédit Agricole et le gérant d’actifs indépendants, Carmignac.

Notre pays est donc directement impliqué dans les catastrophes écologiques en cours. Chaque fois que vous entendez le gouvernement Macron vanter son pseudo bilan environnemental, gardez donc bien en mémoire que derrière les discours remplis de vide se dissimulent des actes remplis de morgue. Il faut beaucoup de cynisme pour tenter de faire prendre les vessies libérales pour des lanternes écologistes. La réalité, c’est que le gouvernement a depuis longtemps tourné le dos à l'écologie.

Comment pouvons-nous en être encore là ? Certes, depuis 2015, les banques et assurances françaises sont contraintes d’évaluer leur exposition au(x) risque(s) climatique(s). Certes depuis 2017, les entreprises françaises sont aussi contraintes de publier leur plan d’analyse et de prévoyance des risques posés par leurs activités aux droits humains et à l’environnement. Mais malgré les alertes répétées des scientifiques, et l’Accord de Paris, hormis les écologistes, nul ne semble avoir compris qu’il convient de reprendre en main la finance et l’économie pour leur faire prendre le virage majeur de la transition écologique. Pour beaucoup, et nous nous en rendons compte chaque jour dans tous les hémicycles, l’idée d’imposer par de nouvelles règles le respect des limites planétaires demeure saugrenue.

Ce manque de lucidité s’appuie sur les piliers du conformisme et de l’orthodoxie. La force de l’habitude est telle, que l’idée de sauver la planète à capitalisme constant demeure prégnante dans les imaginaires des forces politiques classiques, arnachées de certitudes erronées.

Notre maison brule et s’ouvre en France la saison des candidatures présidentielles 2022. Le climat a si bien disparu de l’agenda, que la réforme constitutionnelle devant faire de notre pays une République écologique vient d’être enterrée, sans plus de fioritures, par le Premier Ministre.

Les défis devant nous sont immenses. Plus que jamais l’écologie politique porte sur ses épaules de lourdes responsabilités. Aux régionales, les écologistes ont consolidé leur électorat dans nombre de villes grandes, et moyennes. Mais qu’en est-il des zones rurales, ou péri-urbaines ? La réussite de la présidentielle reposera sur notre capacité à dépasser notre socle électoral classique. Forger le renforcement de l’écologie, c’est d’abord parler aux catégories qui, bien qu’aspirant à un monde plus sain et plus solidaire, ne se reconnaissent pas encore dans notre mouvement et nos propositions. Il faut donc s’atteler enfin à cette tâche. Elle ne s’accomplira pas dans l’entre soi des clans, mais dans l’ouverture aux grands vents de la société.

On n’a jamais vu un nombril servir de boussole : aussi, la primaire des écologistes ne doit pas être la célébration de l’entre-soi. Les candidates et candidats qui vont y confronter leur envie de candidature présentent les qualités suffisantes pour éviter les chausses trappes de l’égocentrisme et de la division. La personne qui l’emportera n’aura cependant passé qu’une étape. Une fois notre candidature désignée, nous devrons encore chercher à élargir notre audience et à entrainer d’autres à rejoindre notre dynamique.

Le débat de l’union est d’ores et déjà lancé. Pour ma part, je pense que les questions de fond sont plus importantes que les questions de personne. Je sais que la présidentielle nécessite une incarnation forte. Mais je souhaite qu’on réponde à cette question : que doit incarner une personnalité politique pour être en mesure de résoudre les problèmes qui se posent au pays et à la planète ? Et j’y apporte ma réponse : l’écologie ne peut être secondaire, elle doit être première dans le projet à bâtir.

Si l’union des écologistes et de la gauche peut advenir, elle n’aura la force de se réaliser et de transformer durablement notre pays -et notre planète !, que si elle sait montrer ses muscles face aux forces qui détruisent encore aujourd’hui la nature dans le même mouvement où ils exploitent les humains. A commencer par le monde de la finance tant décrié, et si peu encadré, jadis par un gouvernement socialiste incapable d’agir réellement pour ouvrir un nouveau cycle historique. La question de la remise à sa place de la finance est la clef de voute de la transition écologique. Pour des raisons de fond : car la finance est aujourd’hui encore attirée par le puits sans fond apparent des activités qui détruisent notre planète, énergies fossiles en tête encore et contre toute logique. J’ajoute que la finance pense aujourd’hui étendre son empire mais en « financiarisant la nature ». Autant, nous pouvons entendre que les investissements doivent changer de direction, autant j’alerte sur les risques d’une nouvelle extension du domaine de la finance. C’est tout l’enjeu des débats appréhendant le Sommet mondial de la biodiversité qui se tiendra à Kunming, en Chine, en octobre prochain ; tout l’enjeu également des différents actes instituant une « taxonomie européenne » en s’appuyant sur de supposées et fausses « solutions basées sur la nature ». Ni les écologistes ni la gauche ne peuvent faire l’impasse sur ces questions, sous peine de marcher vers l’échafaud libéral en tendant nous-mêmes la corde pour nous pendre.

Il n’y aura pas de respect des limites planétaires sans limitation drastique du pouvoir de la finance. Les images d’un monde en crise doivent nous le rappeler.

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