HARO SUR LE GAZ : IL EXISTE UNE RÉPONSE A LA HAUSSE DES PRIX DE L’ÉNERGIE - Édito du 6 Octobre 2021

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Je veux vous dire un secret : la hausse des prix de l’énergie et du coût de la vie n’est en rien une fatalité. Et si libéraux macronistes et conservateurs républicains tentent de vous faire croire, mesurettes à l’appui, qu’ils sont en capacité de préparer le modèle énergétique de demain, demandez-vous seulement: pourquoi ne l’ont-ils pas encore fait?
 
En 2018, écologistes et gilets jaunes se tendaient la main : l’urgence climatique méritait évidemment une action urgente, mais pas sans justice sociale. Il fallait cesser d’augmenter cette taxe carbone rendue injuste par l’absence de mesures structurantes, plutôt que de toujours faire reposer les efforts sur les épaules des « toujours-les-mêmes » : celles et ceux qui contribuent pourtant si peu à la pollution généralisée et aux choix publics désastreux qui ont façonné notre paysage énergétique. Trois ans plus tard, cette alliance-là n’a jamais été aussi évidente et nécessaire. L’ONU nous l’a récemment rappelé avec force : les luttes contre la précarité et pour le climat requièrent exactement les mêmes solutions. Comment, dès lors, comprendre l’inaction ?
 
Ces derniers jours, l’échiquier politique a regorgé de propositions diverses, toutes censées répondre à une crise des prix jugée ponctuelle, sans rien remettre en cause de notre modèle énergétique. Le Conseil des finances des Ministres européens y est lui aussi allé de ses préconisations insipides. Blocage des prix pour les uns, réforme périphérique du marché de l’énergie pour les autres, ou encore nouveau chèque social pour compenser l’augmentation des dépenses... Les dirigeant·es européen·nes semblent bloqué·es au XX° siècle. Ils effraient par leur incapacité de contraindre enfin les entreprises et opérateurs rentières des énergies fossiles.
 
La réalité, c’est que le gaz ne vient pas seulement d’augmenter de 12,6% : son coût a bondi de déjà 170% depuis janvier dernier en Europe. En cause ? Les aléas de la reprise économique, des conditions météorologiques changeantes mais aussi, et surtout, notre dépendance au gaz fossile.
 
Faut-il encore rappeler que ce dernier est à court-terme l'un des fossiles les plus contributeurs au dérèglement climatique? Qu’il nous enchaîne à une dépendance étrangère et nous rend vulnérables aux soubresauts géopolitiques? Les contribuables européens savent-ils qu’ils paient en réalité deux fois : une fois via les budgets européens et nationaux pour verser aux opérateurs gaziers l’argent dont ils n’ont guère besoin pour poursuivre leurs basses œuvres climaticides, et une fois pour régler leurs factures dont les montants sont de plus en plus élevés? Les productivistes de tout bord construisent des alliances inattendues et honteuses pour préserver leurs intérêts. Un exemple? Le gouvernement français qui prépare depuis plusieurs mois une alliance avec les états membres du centre et de l’est de l’Europe grands amoureux du gaz. En échange d’un label prétendu « vert » accordé aux investissements gaziers la France espère être soutenue pour en faire de même avec... le nucléaire.
 
Parlons-en, de ce nucléaire. L’alliance politique forgée entre défenseurs de l’uranium et du gaz illustre à elle-seule la puissance des lobbies qui veulent que tout change, pour que rien ne change. Mesurette pour mesurette, Jean Castex nous annonce un bouclier énergétique qui durera jusqu’à... l’élection présidentielle (ça tombe rudement bien) tandis que Bruno Le Maire en appelle à une refonte du marché européen de l’énergie pour y promouvoir... le nucléaire ! Un nouveau coup au porte-monnaie des ménages. Car non seulement le coût des EPR (que l’on ne sait toujours pas faire fonctionner) explose, non seulement nous ne savons toujours pas quoi faire de nos anciens sites d’uranium ni garantir une extraction « propre » dans les pays producteurs, mais pour couronner le tout le nucléaire est plus cher que les énergies renouvelables !
 
Oui mais voilà: faire réellement et durablement baisser le coût de l’énergie pour les particuliers requiert de se confronter aux lobbies - dont Orano, et cette si chère TotalEnergie -et de détourner le regard de l’indicateur PIB pour s’intéresser à l’efficacité énergétique et aux économies d’énergie. Car la hausse du coût du gaz n’est pas la seule à rendre la vie des françaises et des français de plus en plus difficile. Elle a d’abord pour corollaire la hausse du prix de l’électricité (environ 20% de l’électricité européenne est encore aujourd’hui issue du gaz) et s’ajoute à la hausse du coût de la vie tout court : du prix du pain à celui des nuggets de MacDonald’s, des meubles d’Ikea ou du papier toilette Lotus. Chacune de ses crises a des origines économiques, et écologiques. Chacune a des conséquences sociales auxquelles le devoir des gouvernements est de répondre sur le long-terme. La réponse à chacune nécessite un coup de canif dans les profits des grandes firmes.
 
Faute de courage (et d’envie) de s’en prendre durablement à la rente et aux vieux démons productivistes, plutôt que de juguler enfin les forces de la finance, de l’atome et de l’or noir. d’aucuns préfèrent se contenter d’annoncer un riquiqui petit chèque de 100 euros pour les ménages les plus précaires, 100 euros indécents par rapport aux 710 préconisés par l'Observatoire national de la précarité énergétique qui rappelle que 53% des foyers restreignent leur consommation d'énergie pour limiter leur facture. Comme si c’était Total et Orano qui avaient besoin de notre argent et de notre soutien. La boucle est bouclée. La rente est préservée.

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