COP26 - Se battre coûte que coûte contre les fossoyeurs du climat !

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Le Sommet pour le climat de Glasgow s’ouvre aujourd’hui, avec un objectif prioritaire : maintenir nos chances de limiter le réchauffement climatique sous la barre des +1,5°C, et respecter l’Accord de Paris adopté en 2015. Nous n’en prenons malheureusement pas le chemin : plutôt que de les réduire de 45% entre 2010 et 2030, nous devrions émettre 16% de CO2 de plus... tandis que les contributions nationales annoncées nous mettent droit sur la route d’un réchauffement de 2,7°C. Glasgow doit donner lieu à un sursaut. Nous pouvons, et nous devons, tenir nos engagements, mais il existe pour cela une condition inévitable : nous devons sortir définitivement des énergies fossiles, responsables de trois quart des émissions de gaz à effet de serre, et mettre les plus gros pollueurs face à leurs responsabilités notamment en reconnaissant et condamnant l’écocide.

Pour la 26ème fois, les États du monde entier se réunissent à Glasgow pour échanger sur les mesures à prendre pour le climat. Du monde entier ? Pas vraiment, puisque les inégalités d’accès aux vaccins et aux visas ferment les portes de la COP26 à de très nombreuses personnes, notamment représentant.e.s de la société civile, essentiellement originaires des pays du Sud. C’est un réel scandale quand on connaît l’impact disproportionné du changement climatique sur ces pays, les obstacles structurels existants déjà pour se faire entendre dans des négociations face aux pays les plus riches, et la responsabilité historique des pays du Nord dans le changement climatique qui se refusent encore à tenir leur promesse d’octroyer 100 milliards d’euros par an aux solutions vertes dans les pays des Suds. On ne peut pas sauver le climat sans mettre tout le monde, et surtout les premier.e.s impacté.e.s, autour de la table. Le déséquilibre des négociations climatiques qui s’ouvrent illustre à nouveau l’injustice profonde qui règne entre les états du monde ; et l’urgence à la résorber.

D’autant plus que les enjeux sont énormes : 50 ans après le premier Sommet de la Terre, 30 ans après la création du GIEC, 6 ans après l’Accord de Paris, les objectifs climatiques actuels nous mènent droit vers un réchauffement catastrophique de +2.7°C[1]… On ne négocie pas avec le climat. La responsabilité des états du monde est immense que de trouver la voie pour accélérer considérablement l’action pour le climat ; à commencer par tourner le dos aux énergies fossiles, qui représentent encore 80% de la consommation finale d’énergie dans le monde.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), pourtant réputée conservatrice, viser une trajectoire de 1,5°C implique nécessairement de couper tous les investissements dans l’exploration ou l’extraction de toutes les énergies fossiles. Les projets aujourd’hui connus devraient pourtant nous conduire à produire 240% de charbon, 71% de gaz et 57% de pétrole en trop vis-à-vis de ce qui est nécessaire pour respecter l’Accord de Paris. Ces projets reçoivent encore le soutien massif des états, a fortiori du G20 qui a octroyé, ces dernières années, trois fois plus d’argent aux énergies fossiles qu’aux énergies renouvelables. Sortir des énergies fossiles constitue un triple enjeu de justice sociale : non seulement les pays les plus impactés par le dérèglement climatique en sont les moins responsables (l’Afrique compte par exemple pour moins de 4% des émissions mondiales), mais aussi les projets extractifs qui se déploient nient les droits humains fondamentaux -comme le projet EACOP développé par Total en Afrique de l’Est, dont un oléoduc qui traversera 32 réserves naturelles et entrainera le déplacement forcé de dizaines de milliers de personnes, et enfin le prix des énergies fossiles explose, pesant sur les ménages, tandis que les énergies renouvelables sont déjà moins chères et pourraient alléger les portemonnaies des classes les moins pollueuses des pays développés.

À Glasgow, c’est bien à la question de la justice climatique que les états doivent répondre. Ainsi, et sans vouloir être trop longue, les états devront initier une nouvelle dynamique diplomatique visant à mettre fin à l’exploration et l’exploitation des fossiles dans le monde. C’est dans cette optique que j’ai signé l’Appel pour un “Fossil Free Future” qui sera dévoilé à Glasgow le 10 novembre (date à confirmer), et que je soutiens activement, avec le candidat écologiste à l’élection présidentielle Yannick Jadot, l’initiative pour un Traité de non prolifération des énergies fossiles.  Le Danemark et le Costa Rica annonceront à la COP la création d’une coalition de pays engagés vers la sortie des énergies fossiles. Tous les États européen, dont la France, doivent absolument rejoindre cette coalition.

Cela ne suffit pas. 100 entreprises (publiques et privées) seulement sont à l’origine de 70% des émissions de gaz à effet de serre entre 1988 et 2015, selon le Carbon Disclosure Project. La majorité d’entre elles sont des entreprises de l’industrie fossile. Pourtant, celles-ci continuent de profiter de l’impunité la plus totale. Comme l’entreprise Totalenergies, qui était au courant depuis 1971 de l’impact de ses activités sur le climat, mais a continué à investir coûte que coûte dans les énergies fossiles avec le soutien de l’état français sous des gouvernements de droite, comme de gauche. Comme Shell, récemment condamné aux Pays-Bas à réduire plus vite ses émissions de CO2. Il nous faut ouvrir une double voie de justice pour ces entreprises climaticides : d’une part, établir leur responsabilité pour les émissions passées de CO2 -en toute connaissance de cause ; d’autre part, reconnaître et condamner le crime d’écocide, en France, en Europe et dans le monde, de sorte à prévenir toute nouvelle attaque contre la sûreté de la planète, opérée au seul nom du profit. C’est ce que nous discuterons le 9 novembre, à partir de 14h30, avec l’Ecocide Alliance, Stop Ecocide International, et des représentants de tout le mouvement climat à Glasgow. Détails et inscriptions ici.

Notre vigilance est chaque instant requise ; car les fossoyeurs du climat revêtent parfois les doux habits des leaders de l’environnement. La Commission européenne dévoilera ainsi le 11 novembre, en pleine COP, une liste d'infrastructures énergétiques "prioritaires" ("liste PCI") qui bénéficieront de fonds publics et de facilités administratives... sur laquelle les projets gaziers figurent toujours en bonne place, avec le risque de nous enfermer pendant encore plusieurs décennies dans les énergies fossiles ! C'est inacceptable, alors que l'Europe doit montrer la voie à la COP. C’est inacceptable, alors que le Parlement européen vient d’appeler, sur notre proposition, à mettre fin à tout nouveau projet d’exploration et d’exploitation des énergies fossiles dans le monde et que, répondant à notre appel, la Commission européenne a accepté d’initier une diplomatie offensive pour la sortie de l’extraction fossile dans le pôle Arctique. Pour révéler l’hypocrisie de ce double-discours, et peut-être impulser le sursaut nécessaire, je présenterai une liste alternative de projets d’infrastructures énergétiques, durables et équitables, misant sur les économies d’énergie et le 100% renouvelables, que l'UE devrait financer pour atteindre ses objectifs climatiques.

À Glasgow comme ailleurs, dans la rue comme dans les institutions, le combat continue, coûte que coûte.

 

[1] Source : UNFCC : https://unfccc.int/news/updated-ndc-synthesis-report-worrying-trends-confirmed

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